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Le pouvoir des étiquettes
Humeur de Christine Bern
En ces temps de crise, ce n'est pas de votre pouvoir d'achat que je vous parlerai. Non, ça c'est le travail des journalistes et des publicitaires qui nous vendent si bien la récession. Je souhaiterais simplement partager quelques réflexions sur le fait que très souvent les chiens des refuges ne bénéficient pas d'une bonne image. C'est injuste, mais ça s'explique.
L'adage est bien connu : « il n'y a pas de fumée sans feu ». Or donc, Lucienne, si un chien a « échoué » là, c'est qu'il y a un problème. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de s'y rendre et de passer devant les boxes : et que je me jette sur la grille en aboyant avec tous mes copains, et que je renverse la gamelle d'eau. Si en plus le candidat est malodorant avec un aspect un peu hirsute, maladif et qu'en plus il pleuve et vente, tout cela n'est pas bien engageant.
Reste à lire la fiche du délinquant : problèmes avec les enfants, avec les autres animaux (bon, on omet quand même soigneusement d'indiquer le nombre de poules au tableau de chasse), dominance, destructions, âge et temps passé en détention. Pour les téméraires qui s'aventureraient à la rencontre, très souvent l'énervement ou l'excitation et le peu de préparation font que la première impression n'est pas nécessairement positive. A cet égard, un petit tour à la chatterie du coin offre un contraste saisissant : tout n'y est que silence, calme, sérénité, positions alanguies, regards indifférents ou au mieux curieux. Ce serait presque à vous faire adopter un chat sur le champ...
Bref, si on sait bien que « les apparences sont parfois trompeuses » on a aussi souvent « raison de penser ce qu'on pense ». Pour autant, les chiens des refuges sont-ils nécessairement tous des cinglés ? Evidemment, non. Il y a mille et une façon d'arriver en refuge. Passons sur l'abandon-vacances, le retrait pour maltraitance et sur le chien ayant eu le malheur de survivre au décès de son maître et pour lequel les héritiers n'ont pas développé la même énergie que pour les histoires de petites cuillères. Parfois, les gens réalisent qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper du chien du fait de leur mode ou changement de vie ou bien que les espérances placées dans le physique ne correspondent pas à la réalité du quotidien. Ou encore lui reprochent de l'agressivité voire des morsures, des bêtises, des destructions à répétition, des fugues, toutes choses qui peuvent se régler par un travail adapté et/ou de l'exercice qui fait d'ailleurs cruellement défaut pour 80% de la population canine. En effet, les besoins génétiques des animaux sont souvent ignorés. En particulier, un chien, avant d'être un animal de compagnie, est un animal de meute, qui a besoin de contacts. S'il détruit ce n'est pas qu'il se venge mais qu'il exprime le désespoir de sa solitude (l'expression n'est pas trop forte).
Eh oui, c'est extraordinaire mais un chien est un vrai être vivant, pas livré formaté ! Il y a un investissement à faire dans son éducation, dans l'apprentissage de la vie avec ses maîtres, dans les promenades ou tout simplement dans la clôture de son jardin...Ce qui demande un peu d'argent, du temps et de l'affection, choses dont notre civilisation semble assez peu prodigue. Cependant,je m'aperçois que très souvent les décisions d'abandon sont prises après un peu de bricolage, par ignorance de ce qui peut être fait. C'est en train de changer heureusement, du fait de la plus grande visibilité du travail des professionnels canins. Il n'en reste pas moins que les refuges sont à mon sens un vivier considérable de candidats à l'adoption, d'une grande variété de races,d'âges, de caractères, de physiques. Et on a donc forcément intérêt à s'y rendre : on pourrait bien être surpris que le monstre ayant passé 95% de son temps dans moins de 4 m2 devienne le compagnon affectueux et équilibré de formidables moments si on lui donne une seconde chance et ce dont il a besoin.





